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Du lundi 25 août 2003 au vendredi 19 septembre 2003

Art marrane dans le sertão

Cette exposition est associée au livre

(Nord-Est du Brésil)

Les œuvres présentées dans cette exposition, outre leur qualité esthétique, présentent un immense intérêt historique et anthropologique. Les trois auteurs, Socorro Torquato, Virgilio Maia, et Odmar Pinheiro Braga font en effet partie des familles brésiliennes qui descendent des nouveaux chrétiens d'autrefois, c'est-à-dire des juifs convertis de force au Portugal en 1497, et qui conservent jusqu'à nos jours le souvenir de leur origine. Tout en relevant de registres différents, leurs œuvres respectives expriment en même temps leur quête identitaire, sur le mode culturel ou dans sa dimension religieuse, et témoignent en définitive d'une extraordinaire fidélité à la mémoire marrane, longue de plus de cinq siècles. Les Etendards des Tribus d'Israël de Socorro Torquato (Côca) et Virgilio Maia ont été présentés dans plusieurs expositions au Brésil, à Fortaleza en 1998, à Recife en 2000 et à Natal en 2002. II s'agit d'une œuvre extrêmement originale dans sa conception même : la céramiste et le poète font parler ensemble dans un même élan les figurations plastiques et l'expression littéraire, de sorte que la combinaison intime du verbe et des images concrètes, matérialisées dans la faïence et la porcelaine, donne lieu à une création artistique unique en son genre. Celle-ci se distingue encore par son inspiration, double également, car ses racines plongent tout à la fois dans l'art populaire du Nord-Est brésilien et dans la tradition juive léguée par les nouveaux chrétiens de jadis, dont le marranisme constitue précisément l'une des composantes de la culture du mythique sertão. Socorro Torquato Maia est née à Parambu, dans le Sertão dos Inhamus, lointain arrière-pays de l'Etat du Ceará. Pour chacune des douze tribus d'Israël, elle ré-invente l'étendard et le blason en puisant les images, les figures et les symboles qui les composent d'une part dans les textes bibliques (dans les récits relatifs aux fils de Jacob), et d'autre part dans la longue histoire du Nord-Est brésilien (depuis les dessins et pétroglyphes très antiques de l'art rupestre des Indiens Cariri, jusqu'aux signes qu'emploient les vachers des arides sertoes pour marquer le bétail au fer). Ainsi reconnaissons-nous la lance et la mandragore de Ruben, le lion et le sceptre de Juda, la fronde de Benjamen, la galère de Zébulon, la gazelle de Nephtali, ou l'âne et les astres d'Issacar : cependant l'alchimie des couleurs, l'interférence des motifs autochtones et la stylisation des formes transfigurent véritablement les thèmes bibliques ré-interprétés à la manière sertaneja. Finalement la conjonction entre le savoir érudit, l'art héraldique et la culture populaire aboutit à l'émergence d'une oeuvre singulière et belle, faite de mémoire et de novation, de tradition vivante et d’avant-garde. Virgilio Maia, est né lui aussi à l'intérieur des terres, dans l'Etat du Ceará, à Limoeiro do Norte. À la vision plastique des armoiries d'Israël, il joint une vision littéraire, consacrant à chaque tribu un poème qui n'est pas seulement accompagnement ou légende, mais fait véritablement corps avec l'image gravée dans la matière. Il s'inspire en effet des mêmes sources tant bibliques que nordestines, et chante l'histoire des fils de Jacob, leurs emblèmes et leurs exploits, en ayant recours à la cantilène populaire des fameux concours d'improvisation qui rassemblent poètes et chanteurs du sertão. Aussi bien emploie-t-il la strophe dite du « martelo gabinete », forme ancienne dont l'usage s'était presque perdu et qu'il remet en vigueur: il s'agit de sixains décasyllabiques dont les rimes marquent les vers de nombre pair ( soit la succession: A B C B D B). L'on retrouve ainsi, par d'autres moyens et sur un autre plan, l'intrication subtile de la connaissance érudite, de la tradition populaire et de la création pionnière. Les règles de composition avivent ici l'ardeur de l'expression : ces poèmes ne brillent pas seulement par leur virtuosité, c'est un authentique souffle lyrique qui imprime son mouvement à l'ensemble de l’œuvre plastique et poétique. Odmar Pinheiro Braga, né à Recife, est l'un des meilleurs connaisseurs des familles du sertão descendantes des nouveaux chrétiens de l'époque coloniale, et des coutumes encore subsistantes de la tradition marrane. II pratique un genre poétique très différent, voire opposé à celui du « Mouvement Armorial », et exprime directement, sur des modes variés (élégiaque, épique, voire satirique), son expérience personnelle et son ardente foi religieuse, fidèle à l'orthodoxie juive. Cependant, s'il donne libre cours à son inspiration poétique, il la soumet à une élaboration très savante également, qui lui confère sa rare et si belle musicalité. Joie du Shabbat célébré en famille, tendresse des souvenirs d'enfance, piété envers les ancêtres, mémoire des martyrs, imprécations contre les persécuteurs, mélancolie de l'exil, espérance du Retour : les chants d'Odmar Pinheiro Braga nous font partager les souffrances, les drames et les moments de grâce, dans leur plénitude, de la condition marrane…”

Nathan Wachtel, Collège de France

Cette exposition comprend 12 plaques de céramique, peintes et incrustées de métal, 12 plats en porcelaine et des poèmes d’accompagnement.
Elle a été organisée à l’initiative de Nathan Wachtel, du Collège de France, de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, de la Maison des Sciences de l’Homme, de l’Union latine et de l’Ambassade du Brésil en France.
Contact presse : Helena Vargas : 01 49 54 75 35,



  • Jorge Camacho Jorge CamachoLe Miroir aux Mirages
  • Federica Matta Federica MattaTu vois ce que je veux dire ?
  • Pablo Neruda en noir et blanc Pablo Neruda en noir et blanc 
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Programmation culturelle vendredi 10 septembre 2010