Du mercredi 25 novembre 2009 au vendredi 22 janvier 2010 de 11h00 à 19h00
La Maison de l’Amérique latine présente un ensemble d’environ cinquante œuvres - huiles et acryliques sur toile, dessins sur papier - réalisées par l’artiste nicaraguayen Bernard Dreyfus depuis le milieu des années 1980 jusqu’à aujourd’hui. Cette présentation à la Maison de l’Amérique latine est sa première grande exposition personnelle en France.
Bernard Dreyfus crée une œuvre que l’on peut qualifier d’onirique et de visionnaire, qui interroge la peinture comme reflet d'une énigme existentielle. Dans les années 1980 et 1990, ses tableaux sont peuplés de personnages ou d'individus, qui deviennent taches, éclaboussures, nuages ou ombres. On y voit miroiter des foules sans visages déambulant dans des espaces infiniment ouverts. Que sont ces mystérieux cortèges processionnaires ? Ils font penser à des scènes de batailles miniatures comme on en peignait autrefois, répondant à une sorte de chorégraphie intérieure, dépouillées de tout ornement. Ils semblent au bord de la métamorphose, propres à transformer l’espace de la toile en une page d'écriture dont on n'aurait pas déchiffré le code secret ou en une manifestation du langage de l’inconscient.
Peinture primitive ou archaïque, fusion des cultures occidentales et amérindiennes ? L'œuvre de Bernard Dreyfus brouille les styles et les cartes du temps, passé et présent. A partir des années 2000, ses compositions opèrent une tension plus grande entre abstraction et figuration, la palette des couleurs se fait plus intense, saturée et audacieuse. Les formes se convertissent en signes hiératiques, emblèmes totémiques. S'ouvrant sur de nouveaux territoires de l'imaginaire, le langage de l’artiste, véritable chant à la peinture, prend alors des accents incantatoires et chamaniques, et interpelle le spectateur sur l’énigme du monde.
Bernard Dreyfus peint comme on a toujours peint, lentement, profondément et cette peinture ressemble à la respiration d’un être que l’univers et ses populations insondables interrogent, intriguent et qu’il scrute pour en extraire les mystères. Son art interroge d’abord la peinture et trouve ses repères dans des chromatismes de clair-obscur, qui pourraient nous suggérer Caravage ou d’autres Renaissants…
On pourrait dire de la peinture de Bernard Dreyfus qu’elle est primitive, archaïque presque, car on y retrouve les caractères que les plus anciennes civilisations gravaient sur les parois des grottes ou ceux inscrits sur les murs de nos cités sur-urbanisées. Elle reprend des silhouettes incertaines et floues, des thèmes fleuris de papyrus égyptiens ou des graffiti pariétaux…
Le rituel de la peinture chez Bernard Dreyfus relève de la fiction légendaire traçant l’image de notre propre inconscient dans des œuvres qu’il mature et travaille selon des techniques contemporaines. L’artiste privilégie l’acrylique comme médium pictural traduisant en cela le caractère brut de la matière que la sophistication de l’huile éloignerait d’un élan et d’une spontanéité qu’il maîtrise dans des compositions proliférantes, modulées par des cadrages géométriques…
Ces œuvres sont autant de messages cryptés, déposés dans la mémoire du temps, et témoignent d’un parcours tout à la fois poétique, pictural et philosophique à l’intérieur d’un univers où planent l’incomparable fascination du mystère et de la mélancolie et aussi d’un esprit de découverte qui pousse l’artiste à explorer des continents nouveaux.
La mythologie de Bernard Dreyfus est liée au langage sous-jacent du monde, elle est donc éternelle, elle rejoint par certains aspects ses contemporains car elle comporte ses zones de violence, mais elle contient l’espoir et tisse le lien magique qui unit les forces créatrices à travers le temps.
Dominique Stella,
extraits du texte Bernard Dreyfus, Un monde en vibration et en métamorphose (in Bernard Dreyfus, oeuvres récentes, cat. Maison de l'Amérique latine, 2009)
Né en 1940 à Managua, Nicaragua, Bernard Dreyfus est diplômé du Art Center College of Design de Los Angeles. Il réside en France depuis les années 1970 mais se rend souvent en Amérique centrale et aux Etats-Unis où il est représenté dans plusieurs galeries et collections. Il participe à la VIIe Biennale de Paris (1971), à la Biennale de São Paulo (1975), et expose régulièrement dans de nombreuses foires d’art internationales comme la FIAC-Paris, Art Miami, des galeries et des musées d’Amérique latine, d’Europe et de Corée. En 1997, une importante exposition personnelle lui est consacrée par la Casa de América, Madrid, qui sera présentée ensuite au Teatro Nacional Rubén Darío, Managua, au Museo José Luis Cuevas, Mexico et au Museo de Arte Contemporáneo de Panamá.
Catalogue publié par la Maison de l'Amérique latine, textes d'Eugène Ionesco et Dominique Stella, 64p., 20€